Journal de Marie Juliette

lundi, mars 03, 2008

Vide grenier, texte à dire

Dimanche 24 juin 2007, vide grenier sur la place du marché à Rezé

Installation rapide sur la table à tapisser et la table de camping. Des caisses sont posées sur le sol. Tout est prêt ! la journée commence ;

Un jeune couple a demandé à déplier le service de table basque en tissu vert. Ils ne connaissaient pas ce tissu et c’est ainsi que je leur ai raconté l’origine du service . Ma mère l’avait acheté en 1958 à Labouheyre. Nous étions alors sur la route de l’Espagne , il y a maintenant 49 ans.
Une dame s’était attardée devant la nappe et avait reconnu avec nostalgie un tissu de jupe qu’elle portait étant enfant.
Ce couple était très intéressé et bien que leur table soit ronde, ils ont acheté la nappe… qui est carrée. Pas chère ! Cinq euros ! Avec 12 serviettes de table, c'est une bonne affaire ! J'ai déplié la nappe avec eux, ils l'ont beaucoup aimée.. J'étais contente de vendre ce service à un jeune couple sympathique qui venait de découvrir le tissu basque.

Une très belle dame Jeanne entourée de paille, protégée par un emballage de fines lattes de bois, munie de deux poignées permettant de la soulever facilement. Un monsieur et une dame était intéressée par Dame Jeanne pour leur fils qui prépare des apéritifs . Ils ont approché leur nez du goulot de la dame Jeanne, pas d’odeur. Ils se sont inquiétés de savoir si elle était fendue puis ont pris leur portable pour appeler le fils et décrire Dame Jeanne. Accord immédiat du fils . Dame Jeanne est vendue et part faire les beaux jours d'été d'une famille qui invente des apéritifs.

Trois petits verres à cognac. « Figurez-vous Madame que l'on ne trouve plus de petits verres à cognac dans les magasins. » me dit la cliente . Partis les verres à cognac. Puis j’ai vendu les quatre verres à pastis , eux aussi devenus rares.

La poêle pour cuire les châtaignes. Rouillée ! » Ce n'est pas la saison des châtaignes, » dit la dame et le monsieur d'ajouter « elles sont toutes véreuses les châtaignes sauvages maintenant. » Un euro, pas cher, là poêle à châtaignes. Je leur ai dit gentiment « Vous l’astiquerez » . Ils sont partis avec la poêle. Ils trouveront sûrement de belles châtaignes à l’automne prochain!

Un vide grenier, c’est des messieurs et des dames qui passent et repassent …et quelques enfants.

Tupperware. Je n'ai jamais été représentante Tupperware . Je n'ai jamais reçu de démonstratrice Tupperware chez moi. Mais ce dimanche-là j'ai vendu des boîtes et des pots Tupperware, J'ai vanté leur qualité. Tout le monde était d'accord ,surtout les femmes (.). Une dame qui a une caravane, une maison secondaire et un domicile possédant déjà deux boîtes carrées avec passoire à l’intérieur, en a acheté une troisième…… pour la caravane. Ma boîte passoire est partie au bord de la mer.

Le pot à eau Tupperware a été vendu pour son couvercle. L'acheteuse possède le pot, en est très satisfaite, mais a perdu le couvercle.
Salière, poivrier, pot à moutarde, 3 en 1 , le génie Tupperware . C’est une dame qui l’a acheté pour sa fille. Elle est si contente de celui qu’elle possède !!!

Les verres à moutarde décorés, quel succès. 10 centimes le verre. Qui achète ? Les collectionneurs (ça existe), les mamies pour leurs petits enfants, les mamans pour leurs enfants.

Dix verres à whisky. Vendus à une dame dont le lave-vaisselle avait terni les verres du quotidien. Elle les trouvait trop gros. Je l'ai persuadée que pour le prix, quatre euros les dix verres, c'était une affaire et que moi-même j’utilisais quotidiennement des verres de cette taille. Peut-être un peu gros, les verres pour les petites mains de ses jeunes enfants !!

Un adolescent s’est approché timidement et a désigné deux déjeuners roses et blancs. Sur une tasse était écrit « Pour toi » et sur l’autre « Pour moi. » Pour qui les achetaient-ils ? Pour lui ? Pour une copine ? pour ses parents ? Pour qui ? Il est parti discret, sans un mot avec les deux tasses rose tendre , que j’avais soigneusement emballées.

Rencontrer des gens à l’occasion d’un vide grenier, comme ça, sans plus, on se parle , puis au revoir. On ne se reverra pas. On a raconté sa petite histoire. On a relationné.

Trois verres à dégustation Saumur Champigny. L’origine des verres ? La grande tablée de Saumur, les verres que l’on achète pour boire du Champigny aux fontaines de vin, disposées entre les grandes et longues tables. La fête, le plaisir, les amis….. A boire avec modération. Evidemment j’ai ajouté que les contenants étaient vendus sans le contenu, d’où une discussion sur les mérites comparés des vins de Bordeaux et des vins de Loire. Le monsieur préférait les vins de Loire. Moi aussi. Vivent les Pays de Loire ! A boire avec modération !

Une petite chose modeste, une petite vache colorée, en résine, flashante : Qu’est-ce que c’est ? un support téléphone mobile qui a fait la joie d’une jeune femme qui connaissait très bien l’utilisation de ce petit objet si gai , si coloré, si charmant… si utile n’est-ce pas ?

Passons à la batterie de cuisine. Une cocotte minute 10 euros, louche, écumoire, passoires plastique et alu, deux fouets, grand , petit (pas vendu celui-la), deux planches à découper en bois, grande, petite (toutes les deux vendues), sauteuse avec couvercle en verre. Ah ! que les clients sont durs, ils marchandent, ils insistent, ils partent, ils reviennent, quel métier ! Réflexion amusante d’un vendeur « Même gratuit, c’est trop cher »

Beaucoup de vent, du soleil, pas de pluie, le dieu des marchands veille sur nous.

« Souvenir, souvenir ! »Johnny Halliday. « Qui n’a jamais guéri de son enfance » Lucie Delarue Mardrus.. J’ai vendu le pupitre de musique que j’utilisais à mes cours de guitare. C’est un petit garçon qui va maintenant le transporter à ses cours de violoncelle. Car il a choisi le violoncelle après une initiation à la flûte. « Vous avez fait de la musique ? » me demande la maman ? Et moi de raconter les cours de piano, les cours de guitare, « et maintenant ? » « rien » « Quel dommage » Depuis dimanche dernier, je n’ai plus de pupitre, c’est un petit garçon qui va y poser ses partitions pour violoncelle. Puis ses parents lui offriront un pupitre plus solide, plus pratique, un pupitre qu’il utilisera longtemps, longtemps…. Nous nous sommes quittés sur ces mots de la maman. « Je suis contente d’avoir acheté un pupitre dont je connais l’histoire »

Mon diapason à branches n’a intéressé personne. On le regardait, certains le découvraient, je faisais ma démonstration, succès assuré, La…la...., « Comme la tonalité du téléphone » a remarqué un monsieur. « Vrai ! Mais s’il faut décrocher le téléphone pour accorder son instrument, ce n’est pas très pratique ! » Pas vendu ! Sans doute trop cher, 1,5 euros.

L’éventail espagnol n’a pas été marchandé. Une monture en bois peint, un peu écaillée. La feuille était en tissu peint de jolies scènes espagnoles, sombreros et mantilles. En cadeau j’ai raconté qu’il avait été offert à ma mère par un bel hidalgo à Madrid en 1958. Ce qui est en grande partie vrai, sauf que c’était un ami de mon père, un homme courtois et charmant qui nous a invité au restaurant ...mais qui n’était pas un bel hidalgo.

1958, le service de table en tissu basque, l’éventail, c’était notre premier long voyage dans notre première voiture, une 203 Peugeot noire. Pour mon père, premier retour au pays natal depuis 1942 .

Une très jolie écumoire. Avis à ceux ou celles qui m’ont affirmé que l’on disait un écumoir, Faux. Voir le dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française ROBERT : écumoire : n.f. ustensile de cuisine…… C’était une jolie écumoire à friture fabriquée, (autre nom, une araignée) en fil d’acier, de taille moyenne. Quand j’ai dit à mon acheteuse, regardez comme elle est gracieuse, elle a ri et a dit, « C’est la première fois que j’entends dire gracieux pour un objet » Vite, le ROBERT gracieux : qui a de la grâce, du charme, de l’élégance…formes gracieuses, contours gracieux. Et si les fleurs sont gracieuses pourquoi pas mon écumoire.

Vendu, un petit obus de la guerre 14 « Attention monsieur, il va exploser ». Vendu, un miroir à un monsieur qui tapisse sa pièce de miroirs pour l’agrandir…visuellement. Vendu, une terrine à un monsieur qui aime beaucoup faire la cuisine. Vendu, 2 assiettes cadeau flan impérial à une dame très discrète. Vendus, une pelle complètement rouillée, des bols dont un superbe bol au sourire Banania.

Invendus, le vinaigrier trop cher, plus la mode de faire son vinaigre, des tasses à café en verre jaune transparent, le cendrier en cristal, on ne fume plus, la gourde achetée dans un kibboutz, l’encrier en porcelaine blanche, un pot à confitures avec un couvercle pas pratique.

Mon premier livre de cuisine offert par ma mère et ma sœur. Parti. 8 cm d’épaisseur, l’Art culinaire français. Pas le genre de livre qu’on lit dans son lit. Trop lourd ! 500 pages, des superbes photos, il était « comme neuf ». C’est un jeune homme qui l’a acheté.

Dans une boîte à chaussures, j’avais rangé et classé de superbes (le mot n’est pas exagéré) cartes postales d’art : souvenirs d’expositions et de voyages. Conservées dans des albums, elles étaient « comme neuves ». Picasso, Rembrandt, Degas, Matisse…Vézelay, Autun, Dijon, Poitiers, Chauvigny…..Très grand succès. 10 c la carte.

J’ai offert un caneton en peluche jaune à une petite fille que j’avais malencontreusement un peu bousculée. Très contente, la petite fille ! La journée est terminée.

En vérité, je n’ai pas de grenier. Tous ces objets étaient dans des placards . Maintenant ils vont avoir une autre vie . Ce n’était pas un vide grenier mais un remue souvenirs. Grâce à l’écriture, les objets sont toujours présents et moins encombrants, juste quelques feuilles de papier..